Moi, un saint? Laissez moi rire... Ce n'est tout du moins plus le cas, au grand damne de mon maître Arias N'Tac, chargé de m'enseigner les arcanes de la magie elfique et les rudiments du combat.
Depuis mon plus jeune âge il m'a formé et appris ce que je sais. Avide de savoir, je me jetais à corps perdu dans les disciplines ésotérique et martiales où la rigueur était de mise. Je m'épanouissais pleinement, et chaque jour d'apprentissage me rendait plus heureux et...potentiellement dangereux. J'accédais petit à petit à des connaissances divinement exquises, et tout allais bien pour moi.
Oui mais voilà...Le jour de mon seizième anniversaire mon maître m'a déçu. Lui qui prônait une vie vertueuse a été retrouvé en douce compagnie avec deux catins humaines. Inexplicablement, mais avec le plus pur délice, une digue s'était alors rompue au fin fond de mon âme, laissant libre cours à une colère longtemps enfouie qui s'exprima dans toute sa splendeur dans une petite pièce sombre de l'Auberge de Liairel.
Noyant mon ancien mentor sous des trombes d'eau, et balayant les corps des deux pêcheuses comme des fétus de paille, ma rancoeur ne s'était calmée qu'après de longues minutes.
Ce n'était qu'une fois le calme revenu et la pièce privée de toute trace d'eau que j'avais perçu une trace de vie. Mon ancien maître n'était pas mort. Prostré dans un coin de la chambre, il tremblait de peur. Le fourbe avait eu le temps d'ériger un bouclier défensif, le protégant de la fureur des flots.
D'une voix grave je lui ai intimé de me regarder. Lentement il s'était exécuté, et lorsque son regard eu plongé dans le mien, il avait hurlé. Exaspéré, mon épée courte avait lentement glissé hors de son fourreau. Avec délice ma lame mordit sa chair, d'abord près de l'épaule, le faisant crier de plus belle. L'inconscient avait alors tenté une parade et je le vis modeler devant mes yeux amusés un sort de feu aussi faible que vain. Sa tentative désespérée avait avorté dans l'oeuf alors que je lui plongeait la pointe de mon épée dans le ventre.
Son regard médusé s'était alors porté sur ses mains, jointes au niveau de la blessure béante. D'un geste lent et calculé, je mis finalement fin à ses souffrances en lui tranchant la gorge.
Après avoir réglé la note de l'auberge, la tête haute et me sentant libéré d'un poids considérable, mes pas m'avaient amenés jusqu'à une affiche cornée sur un mur de grange, probablement présente depuis des lustres, où il était dit que la grande famille des Drows recrutait.
Sans me poser de question, j'avais décidé de suivre la voie qui s'offrait à moi, me permettant de laisser libre cours au côté sombre que je venais de me découvrir, mais qui finalement, avait toujours été présent au fond de mon être.